Savoir porter assistance, une compétence primordiale

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Savoir porter assistance à son binôme est la compétence principale que l’on vous demande d’acquérir au Niveau II. Enfin, en particulier au PA 20, car c’est la clef de voûte de l’autonomie en plongée (je vous encourage à lire un excellent article à ce sujet, extrait du site de Philippe Jourdren, The Diving Lizard, qui détaille comment bien réussir une assistance).

 

Deux plongeurs seront dans des conditions de sécurité optimisées, s’ils sont capables de se porter mutuellement assistance dans l’eau, en cas de problème. C’est ce qui fait toute la différence avec le plongeur encadré, car dans ce cas, c’est le guide qui assurera cette compétence d’assistance.

 
 

En premier lieu l’essentiel est de comprendre et bien cerner ce qui ne va pas.

 

Plonger régulièrement avec le même binôme est pour cela, bien sûr, un plus. On se connaît, on sait notre manière d’évoluer dans l’eau, de se comporter quand tout va bien, notre capacité à gérer les situations, nos habitudes de consommation d’air aussi.

 
Se comprendre, surtout en situation inhabituelle, est l’une des clefs primordiales d’une assistance réussie. Le plongeur en difficulté signale rarement avec pertinence ses problèmes, et quand il le fait c’est quelquefois trop tard. Parfois, il peut même être incapable de communiquer correctement, sous les effets du stress.
 
Je me rappellerai toute ma vie d’un exercice répété maintes fois, qui aurait pu très mal tourner si le moniteur qui nous observait n’avait pas été là. Nous faisions des lâchers et reprises d’embouts, et des échanges d’embouts (je redis exercice fait sans problème des dizaines de fois), dans le cadre d’exercices pour préparer notre PA 20…  Quand  au bout de la troisième ou quatrième fois, je perds les comptes, je ne respire pas dans le bon rythme, et là mon cerveau « disjoncte ». Je cherche mon détendeur, ne le trouve plus, n’ai même pas le réflexe de saisir mon octopus, sous les yeux de mon binôme qui ne comprend absolument pas que je manque d’air, et que je commence à paniquer. Il ne me redonne pas son détendeur. Je m’agite dans tous les sens… Rien dans ma tête ne fonctionne alors plus normalement. Du grand n’importe quoi! Notre mono qui observait l’exercice a lui immédiatement vu ce qui se passait et m’a mis son octopus en bouche pile au moment où j’étouffais vraiment. Je n’ai jamais compris pourquoi mon binôme n’avait pas saisi mon malaise! Ceci pour dire que les choses peuvent dégénérer plus vite qu’on imagine, d’où la nécessité de se former, et surtout la répétition de ces situations, certes hypothétiques, mais que je trouve essentielles. Il est donc indispensable de rester en éveil et d’observer son partenaire afin de vérifier régulièrement que tout va bien. Cela passe par les fréquents échanges de regards et de signes, mais également par l’observation, tout au long de la plongée, du comportement de l’autre et des signes annonciateurs de difficultés éventuelles. Il faut surtout être capable de les interpréter.
 
 
Une intervention au bon moment et empreinte de discernement
 
L’important, c’est surtout la rapidité et l’efficacité de la réponse apportée par l’assistant. Toute difficulté vécue sous l’eau est source de stress, voire de panique. Le binôme doit donc montrer rapidement sa présence, sa disponibilité et pour rassurer l’autre, en particulier par le regard, lui signifier qu’il et prêt à le prendre en charge en cas de besoin, afin d’éviter que la situation ne s’aggrave. Ensuite, il faut trouver la solution adaptée en tenant compte de l’environnement et des conditions spécifiques de la situation.
 
J’ai le souvenir d’un moniteur, qui toujours lors de la préparation de notre niveau 2 simulait une perte de conscience, basculait à la verticale, la tête dans les posidonies. Pourtant sensibilisés à l’exercice, il n’était pas rare que pourtant nous laissions passer trop de temps avant de lui porter secours. Au début, persuadés qu’il regardait quelque chose (d’un peu trop prés c’est sûr on aurait dû s’en rendre compte!!), les précieuses secondes perdues auraient pu coûter cher si le malaise simulé avait été réel. Il faut donc être très attentif à l’autre. Perso, je le suis un peu trop, limite « maman poule » avec mon partenaire (qui est aussi mon compagnon dans la vie terrestre), mais j’assume! Mieux vaut ça que l’inverse!
 
 
Assister l’autre, oui, mais l’assister avec efficacité
 
Il est en effet utile de rappeler que La solution n’est pas toujours de remonter.
 
Trop souvent, dans l’esprit d’un buddy autonome ou d’un guide, assister est synonyme d’aide à la remontée vers la surface. Et c’est vrai que c’est ce qu’on nous apprend en priorité. C’est parfois effectivement nécessaire et il faut alors tout mettre en œuvre pour y parvenir. En injectant de l’air dans le ou les gilet(s) stabilisateurs, en utilisant ses palmes au besoin (même si pendant les exercices pour le PA 20, les remontées se font sans palmer), et parfois en maintenant l’embout de l’assisté en bouche… tout en contrôlant la vitesse de remontée (à l’aide des fameuses « petites bulles »), notamment à l’approche de la surface pour éviter d’aggraver la situation avec une remontée trop rapide, ou pire, en crevant la surface de façon inconsidérée…
 
Et Dieu sait qu’elles sont difficiles ces remontées assistées, qu’il faut stopper net à 6 mètres, à 3 mètres!! J’en ai eu les oreilles « fatiguées » à force de monter et redescendre, pour que nous y parvenions mon binôme et moi. Mais ce sont des connaissances si précieuses, en espérant ne jamais les avoir à les utiliser du reste, que le jeu en valait la chandelle! 
 
Mais dans bon nombre d’autres cas, il faut aussi savoir ralentir ou stopper un équipier qui remonte en panique vers la surface et cela nécessite d’autres capacités, pas toujours enseignées en phase d’apprentissage, en tout cas, pas encore en ce qui me concerne… Peut- être au niveau 3?
 
 
Remonter en sécurité
 
Le plus souvent, lors de la remontée, les problèmes s’estompent, ce qui permet d’effectuer une fin de plongée à peu près normale, même si le plongeur assisté doit continuer à être surveillé de très près. Si ce n’est pas le cas, la sécurité optimale du binôme peut- être délicate à concilier avec l’urgence de la situation. Cela se traduit hélas parfois par l’impasse faite sur ce qu’on a appris (sur la vitesse de remontée et les paliers notamment), le temps de remonter le plongeur en difficulté sur le bateau avant d’engager une procédure d’urgence pour remontée rapide.
 
Alors en la matière comme dans beaucoup d’autres, on peut se dire que ‘la règle c’est qu’il n’y a pas de règle »!
 
Mais plus raisonnablement on peut aussi considérer que la répétition étant mère de toute pédagogie, c’est une bonne chose de plonger souvent, avec le même binôme, et si possible, de se former encore et encore, pour en savoir le maximum, et bien sûr de pratiquer le plus souvent possible! 
 
Voici les notions de base que l’on m’a enseignées en vue de l’autonomie, mais, vous, qu’en pensez-vous?
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  • Bien expliqué ! Étant encadrant et dp, une fois par an je fais faire une remontée assistée aux plongeurs autonomes. Il y a beaucoup de surprises. Bonne continuation et bonnes bulles

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  • Jérome Montussanfrog
    24 mai 2019 19 h 24 min

    Très bon article. Toutefois en tant qu’encadrant je nuancerai le bienfait de plonger tout le temps avec le même partenaire. Il peut à la longue instaurer un faux sentiment de confiance avec une vigilance mutuelle diminuée. Tout l inverse de la plongée régulière avec des inconnus.

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  • Une petite pige au Nausicaa à Villefranche?

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  • Hecht Maurice
    2 avril 2018 21 h 31 min

    Bonjour et merci pour cet article très intéressant et tellement vrai, je pense que il faudrait répéter à tout âges les exercices pour en garder le bénéfice. Trop de plongeurs manquent d’humilité parce qu’ils croiyent êtres bons plongeurs parce qu’ils ont obtenus un niveau. Un niveau n’est rien si les exercices ne sont pas recyclés régulièrement.
    Un bon plongeur est un plongeur qui plonge.
    Maurice.

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  • Bonjour, ce qui est fort ds ce témoignage c’est que c’est vrai aussi ds les projets au travail. On a beau etre super fort il faut avoir l’humilité d’aller chercher de l’aide. Et parfois en situation de stress on ne communique pas bien, a nos collegues de projets d’avoir la bienveillance de sentir la temperature et de comprendre qu’il faut ecouter et aider.
    Merci

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  • En tant qu’ecadrant N1, je trouve ce témoignage très utile car souvent les Prépa N1 ont le sentiment de « maîtriser » certains gestes ! ces quelques lignes nous prouvent que l’apprentissage est necessaire mais que l’experience permet d’apprendre toute sa vie de plongeur !
    Merci

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  • de MÉHÉRENC
    18 mars 2018 14 h 41 min

    Bien vu, je partage

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  • Beau témoignage empreint d’humilité Anne, j’ai toujours coutume de répéter que si on apprenait à conduire comme on apprend à plonger, il y aurait moins d’accidents !
    Et merci encore pour le référencement !

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