Nettoiement des fonds marins, une affaire de pros?

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Depuis plus de trente ans, je relève chaque année des articles dithyrambiques sur les clubs de plongée qui se livrent à des actions de nettoiement des fonds marins.

Ces plongeurs, catastrophés de cet état de fait empirant chaque année, se sont, comme c’est courant, heurtés, à un mur d’incompréhension de la part des pouvoirs publics: 
« Comment, c’est si sale que cela les fonds marins, nous ne sommes pas au courant, et puis pas de crédits? »
J’ai même relevé la phrase d’un président de la République qui se déplaçant en hélicoptère sur la Côte d’Azur a répondu à la kyrielle de journalistes « Oui, dites donc, c’est quand même encore pas mal… ». Aussi une dame adjointe à la Mer dans une ville du Var répondant à une question posée par un scaphandrier représentant son syndicat
« Vous savez jeune homme, les ronds-points avec des fleurs, cela se voit, les fonds marins eux… »
Je pourrais continuer ainsi longtemps, dans ce genre d’exemple, et je comprends que les plongeurs de loisir décident de prendre les choses en main.
Oui, mais si leur volonté est évidente, si leur bonne foi ne peut être mise en cause, il n’en reste pas moins un état de fait sous- jacent qu’ils ignorent totalement et dont personne bien sûr, ne leur a signalé la dangerosité et, le peu de résultats. Quand ceux-ci ne se révèlent pas pervers. Je vais donc vous livrer une analyse à ce sujet.

Donc, je persiste à croire que la donne est fausse. Il s’agit là de Travaux sous-marins conséquents qui, engageant des crédits publics, doivent faire l’objet de marchés publics et en découlant d’appels d’offres.
Nettoyer un port, ou une côte, ce n’est pas une petite affaire, si l’on veut que les résultats soient véritablement positifs. C’est-à-dire que, tous les fonds visités au cours du chantier, soient exempts au maximum de déchets, ou presque.
Ne nous trompons pas, les macro déchets n’ont pas leurs origines parmi les seuls habitants du littoral. Ni parmi les touristes estivants, sans oublier les navigateurs plaisanciers que l’on a accusés de tous les maux.
Plaisanciers qui ont compris très vite. Et que j’ai croisé souvent leurs sacs-poubelles à la main le soir, rentrant au port pour aller les verser au local prévu.
Cherchez un peu, et vous verrez que les milliers de tonnes de macro déchets sont déversé par les fleuves et les torrents et ruisseaux qui se remettent en activité lors des orages ou des saisons pluvieuses.

Je vais donc vous faire part de mes conclusions consécutives aux vingt années d’expérience et de tentatives vaines pour faire traiter efficacement ce problème crucial pour l’avenir des fonds marins. Aussi pour donner un avis sur les travaux des clubs et ensuite vous faire connaître les solutions constructives que j’ai proposées.
Car, et c’est important, il est indéniable et il faut admettre que tous ces passionnés de la mer, dont je suis, ont un rôle important et incontournable à jouer.
Les traitements des Macro déchets par les associations, clubs, bénévoles de bonne foi…

Donc, pendant des années, j’ai dans un premier temps, tenté de faire comprendre à tous les responsables de ces organismes que leurs opérations étaient :
Inefficaces ou presque sur le plan matériel.
Illégales.
Dangereuses tant pour les pratiquants que pour les responsables de clubs.
Perverses.
Anti- sociales.

Je vais donc m’expliquer sur mes définitions citées ci-dessus qui, au premier abord, peuvent paraître agressives.

 

1/ Inefficaces :

Malgré toute la bonne volonté des plongeurs sur place, leur enthousiasme pour que les choses changent, leur désir de bien faire, ce n’est pas dans une opération du dimanche matin que l’on peut nettoyer un port. Il faut se dire que si l’on sort quelques centaines de kilogrammes de déchets ou quelques tonnes, il en restera dix ou vingt fois plus au fond. Le nettoiement, c’est un travail sérieux qui va nécessiter la mise en place d’un quadrillage, un programme de travail sur plusieurs jours.
Ou plusieurs semaines dans certains cas, et du matériel adapté.
En fait, c’est un travail de scaphandriers professionnels.

 

2/ Illégales :

Les travaux sous-marins, car si l’on admet que pour réaliser ce type de nettoyage, il va falloir y travailler, sont du ressort de plongeurs qualifiés et formés dans des Écoles, agrées par le Ministère du Travail.
C’est-à-dire, possédant la mention Travaux Subaquatiques : Scaphandriers Mention A Classe 1 / Classe 2 ou Classe 3.
Toute autre forme de travaux exercés par des plongeurs de Loisirs (Jeunesse et Sport) des mentions B, des Sapeurs pompiers, est totalement illégale.

 

3/ Dangereuses pour les pratiquants et les responsables de clubs… et les élus :

Il m’est arrivé de lire des articles sur ce type de nettoiement réalisé par un club où il était fait état d’une gamine de 16 ans relevant un pneu plus gros qu’elle. Une autre fois dans un journal local, il y avait même l’un des organisateurs qui, heureux et totalement inconscient, brandissait… un obus ! Je pourrai, à longueur de page citer ainsi d’autres cas et exemples flagrants.
Il faut, quand même savoir que, tout ce que l’on peut trouver dans la vase d’un port n’est pas toujours neutre. Passons sur les munitions qui y séjournent couramment (au cours d’un chantier, j’ai fait relever une bouteille par les Plongeurs Démineurs…elle contenait simplement de l’Hypérite de la guerre de 14 !)
Il y a aussi beaucoup de ferraille rouillée et bien coupante. Les blessures en découlant peuvent vous occasionner aussi bien le tétanos que d’autres joyeusetés du même ordre. Que dire, et je l’ai vu, des zodiacs évoluant en pleine vitesse au dessus des chères têtes blondes dispersées, et faisant surface n’importe où, brandissant, heureux, leur récolte.
Cela, c’est pour les risques que courent les pratiquants.
Voyons la suite, les risques des responsables. Ils sont simples et mèneront certainement l’un d’entres eux devant un Juge d’instruction, ce que je ne souhaite pas quand j’énumère les raisons de cette rencontre judiciaire peu agréable, et qu’il leur vaudrait mieux éviter.
Effectivement, dites-vous bien, ce que je ne souhaite toujours pas, mais que suis obligé d’évoquer, que si, un jour l’un des plongeurs requis est accidenté, la famille ou les proches vous rappelleront qu’il n’était pas formé pour ce type de Travaux. Car là, on vous parlera de Travaux. Qu’il n’avait jamais été entraîné à ces manipulations, et qu’il n’était pas normal qu’un plongeur de loisirs évolue dans un port.
Surtout ne partez pas du principe (que l’on m’a resservi moult fois !) que vu la faible profondeur, on ne prend aucun risque.
Mon expérience professionnelle m’autorise à vous certifier que c’est dans les petits fonds que le pourcentage d’accidents est le plus élevé. Même s’ils sont moins spectaculaires, encore que…
Partant de là, la famille ou les proches de la victime déposeront une plainte en bonne et due forme. Et ils risquent fort d’obtenir gain de cause.
J’insiste, mais vous le savez aussi bien que moi, que dans une association à loi de 1901, c’est le Président qui est le premier responsable. Même et surtout s’il était absent ce jour-là !
Les décideurs extérieurs dont nous allons parler plus loin, eux seront totalement hors de cause, dans un premier temps. Dans le pire des cas, justes cités comme témoins. Ce qui ne durera pas car on s’apercevra très vite que ce sont eux qui ont approuvé ces travaux médiatiques certes, mais fantaisistes.

 

4 / Perverses :

Et ce pour deux raisons, la première étant que, pour peu ou pas de frais, certains décideurs, surtout en période pré- électorale, pourront ainsi se revêtir d’un vernis écologique, redorant là un blason quelquefois un peu terne, devant les représentants des médias qui, soyez rassurés, seront présents.
Pour la presse spécialisée, le Président du club fera le nécessaire et enverra photographies et textes. Ce que je trouve tout à fait normal quand, et je le répète, il aura, de bonne foi, fait participer, les membres de son club à une opération salutaire et restauratrice. C’est d’ailleurs dans ces articles que je trouve mes nombreuses sources.
La seconde raison, de cet effet pervers, est la plus importante bien que la moins perceptive. Car en fait, après que vous ayez, en prenant tous les risques cités plus haut, sorti du port quelques tonnes de déchets, ceux-ci seront étalés sur le quai donnant illusoirement, acte d’un nettoiement total. En tout cas, c’est ce qu’il faut faire croire. Ainsi donc, il n’y aura pas à se préoccuper des suites. Les quelques centaines de tonnes restantes verront leur volume croître… en attendant le prélèvement de la prochaine « Opération de Nettoiement du Club X ou Y ».

 

5 / Anti sociales :

Bien sûr, car vous ne vous rendez pas compte, vous qui le lundi matin, allez retrouver votre emploi, que le jeune scaphandrier qui sort de sa formation va, lui, aller pointer au Pôle emploi. Car ce travail, largement inachevé, et disons-le, sans vouloir être péjoratif, il a été enlevé à d’autres plongeurs dont c’est le métier. Métier qu’ils ont choisi avec la même passion que la vôtre et qu’ils ont payé fort cher quand on sait ce que coûte un stage de Scaphandrier Mention A.
Et ce dernier argument, lui aussi, se révèle, à mon avis, très important.

 

Mémoire sur l’enlèvement des Macros Déchets sous-marins,
par Gérard LORIDON,
Scaphandrier Professionnel à 20 ans en 1953 (mention A)

 

Pour aller sur son site, cliquez ici: Le Scaphandrier

 

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  • Filmez, photographiez, publiez, mais ne touchez à rien.
    Avis d’un mention B classe 1 archéo

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  • Merci Eric! Un excellent résumé! Sensibilisation oui, nettoyage non! 🙂

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  • Merci Francis pour votre passage sur le site… Heureuse de vous lire. La bien pensance est souvent dangereuse, dans beaucoup de domaines!

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  • Bravo pour cette publication ! Moi aussi, j’en ai marre de l’attitude de ces « bobos de la mer » qui s’achètent une conscience « écolo » sans rien y comprendre, finalement. Ainsi, qui parle du danger de relarguage des polluants ? Quand la solution est pire que le problème… Oui, dans certains cas, il vaut mieux laisser les sédiments où ils sont. Et laisser faire… La sédimentation.
    Et il serait grand temps de s’attaquer aux causes et non aux effets…

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  • Bonjour Anne, Bonjour Gérard…. Bonjour à tous les plongeurs Spiro… L’analyse qye fait Gérard des ces « opérations de nettoyage » est malheureusement exacte.. Mais elle est aussi incomplète…
    En reprenant depuis le début, le problème qui nous préoccupe tous est celui des macro déchet dans la mer…
    C’est un problème de société…
    Industriels, consommateurs, pouvoir publique et citoyens ont leurs rôle à jouer…
    1 les citoyens dont je fais parti doivent dire leur refus de voir mourir la terre et la mer. La mer n’est pas une poubelle est un slogan qui parle… Les citoyens plongeurs doivent témoigner… Photos, films opération de sensibilisation sont de notre responsabilité.
    2 Les pouvoirs publiques doivent nous donner les moyens de témoigner… Les médias évidement ont un role à jouer en rendant compte de nos actions. L’education des enfants est une nécessité.
    Les lois pour interdire l’utilisation de sac en plastique, de rejet en mer.. Un sacré grand écart entre les intérêts économique et environnemental.. Ils ont un r^le d’arbitre.
    3 Les consommateurs doivent changer leurs habitudes… Sous la pression des témoignages et si nécessaire de la loi.
    4 Les industriels doivent changer leurs habitudes de production et de marketing… Et s’ils ne le font pas les consommateurs doivent leur rappeler la politesse vis à vis de la terre et de la mer..
    Et bien sur que le nettoyage qui est un vrai travail de dépollution doit etre entrepris par des experts. Scaphandrier, plongeurs démineurs sont les acteurs de cette immense tache.. Personne ne doit leur contester cette mission…
    Alors si finalement on nommait ces actions  » journées de sensibilisation  » ou  » Actions de témoignages  » ?
    Les citoyens plongeurs le dimanche seraient dans leur rôle…
    Je connais un directeur de plongée qui dirige tous les ans la partie sous marine de ces journées… Il ne manque jamais de rappeler au plongeurs qui vont s’immerger, que notre rôle n’est pas de remonter des épaves mais d’éduquer la jeunesse et de donner aux médias de quoi rendrent compte de nos actions…
    Sensibilisation Oui, Nettoyage Non!

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  • Avec plaisir Gérard!

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  • Gérard Loridon
    28 janvier 2018 17 h 44 min

    Merci Anne pour cette parution, disons le courageuse. Car ainsi que je te l’avais signifié, le première réponse n’a pas tardé dans le sens que je t’ai indiqué.
    Amicalement
    Gérard

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